« Des déchets au design » - Interview avec les fondatrices de Reform studio

tapis en plastique recyclé

© Reform studio

Rencontre avec les fondatrices de Reform studio au Caire, Hend Riad et Mariam Hazem, qui conçoivent meubles et objets à partir de sacs plastiques usagés. Ou comment le design transforme un déchet en matière première noble.

Vous travaillez à partir d’une matière singulièrement difficile à valoriser, mais abondante…

Les sacs plastiques sont une source de pollution majeure en Égypte, comme partout ailleurs. Chaque minute, deux millions de sacs plastiques sont distribués dans le monde ! Or leur recyclage n’est efficace ni du point de vue énergétique, ni du point de vue environnemental.
Ce sujet a commencé à nous intéresser lors de notre dernière année d’étude à la Faculté des sciences et arts appliqués à l’Université allemande du Caire. Nous avons décidé de travailler sur les possibilités de remise en cycle de cette matière, pour augmenter sa durée de vie et éviter sa dissémination. En cherchant comment transformer les sacs plastiques pour les valoriser, nous avons tout de suite vu les possibilités ouvertes par les savoir-faire artisanaux locaux, notamment en matière de tissage.

C’est ainsi qu’est né le « Plastex » ?

C’est cette connexion entre une problématique environnementale, des « technologies traditionnelles » et le design qui a abouti à la conception du Plastex, un matériau innovant obtenu par la compression de sacs plastiques, le laminage puis le tissage de ces fines bandes. À travers la création d’objets fonctionnels et esthétiques en Plastex, ce qui était un déchet se trouve subitement une nouvelle vie, toute différente.

Le nom de votre studio, Reform, signale que vous voulez avoir un impact sur les esprits aussi bien que sur les objets ?

Notre ambition est d’avoir un impact environnemental, un impact social en valorisant des savoir-faire artisanaux qui se perdent aujourd’hui et un impact économique en faisant travailler des femmes issues de milieux défavorisés – et aussi de porter un message, d’avoir une histoire à raconter derrière les objets que nous concevons. La société égyptienne bouge et le design doit contribuer à ce changement.

© Yasmin Kandil

Inspirations

L’ouvrage ou la personnalité qui vous a le plus marquées:
Le présentateur et activiste saoudien Ahmad al-Shugairi, dont le show télé prêche avec beaucoup d’humour la tolérance, l’ouverture, l’égalité hommes-femmes…

L’actualité récente qui vous a donné de l’espoir:
L’ouverture du nouveau canal de Suez est un des symboles, parmi d’autres, des efforts menés en Égypte et de l’espoir qui continue d’animer les gens.

La phrase dont vous avez fait votre maxime:
Une phrase d’Antoine de Saint-Exupéry qui définit parfaitement le design : « La perfection est atteinte non pas quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retirer. »

La question qui vous tient éveillées la nuit:
Les savoir-faire traditionnels locaux sur lesquels nous nous appuyons vont-ils persister ?

Retrouvez cet article dans le premier numéro d’open_resource magazine: « Comment changer de climat ? »

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