Afforestt, la mini forêt urbaine qui s'attaque à la pollution de l'air

(c)Afforestt

La startup indienne crée des forêts urbaines dans le monde entier en utilisant la célèbre méthode Miyawaki, qui permet de faire sortir du sol des forêts à haute densité, autosuffisantes et sans produits chimiques.

Tout le monde, ou presque, est d’accord : planter des arbres est une des réponses les plus simples pour lutter contre le changement climatique et la pollution, ainsi que pour prévenir la perte de biodiversité. Les forêts, que ce soit en milieu urbain ou rural, contribuent à combattre la pollution de l'air et de l'eau, tout en agissant comme des puits de carbone, absorbant le CO2 de l'atmosphère. Mais si ce boisement est mal effectué, il peut endommager davantage l'environnement. En cause : l'introduction d'espèces végétales envahissantes (non indigènes) qui peuvent, selon l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, transformer les conditions naturelles d'un écosystème affectant la diversité des espèces locales, la disponibilité de l'eau et la qualité des nutriments du sol.

 

C'est pourquoi l'entreprise sociale Afforestt, basée à Bangalore, utilise une méthode forestière avec des espèces locales pour purifier l’air des villes dans le monde entier, avec une touche originale : un modèle en open source. Fondée en 2011 par l'ingénieur indien Shubhendu Sharma, la société utilise une technique de boisement mise au point par le botaniste japonais Akira Miyawaki, qui ne plante que des variétés d’arbres endémiques de la région en quantité limitée et dans un ordre précis, créant ainsi des forêts multicouches. Ces forêts deviennent alors des écosystèmes autonomes qui ne nécessitent plus d’entretien dès deux à trois ans après leur création.

 

Plus de 3 000 forêts dans le monde ont été créées à l'aide de cette méthode. Elle permet notamment de créer des forêts jusqu'à 30 fois plus denses que les forêts conventionnelles, indépendamment des conditions des sols et climatiques. Elles sont aussi capables d’absorber jusqu'à 30 fois plus de dioxyde de carbone que les monocultures, selon l'entreprise. Sans engrais chimique, ces forêts peuvent croître 10 fois plus vite que la moyenne, faisant pousser des forêts qui semblent avoir 100 ans en à peine 10 ans.

 

Cette technique est particulièrement pertinente pour créer une nouvelle couverture végétale urbaine dense au cœur des villes. C'est précisément grâce à un projet de plantation d'une petite forêt au siège indien du géant automobile Toyota, où Shubhendu Sharma travaillait auparavant, que le fondateur d'Afforestt a appris la méthode d’Akira Miyawaki en personne.

 

Depuis son lancement, l’entreprise sociale s'est lancée dans des dizaines de projets, en partenariat avec des entreprises et des organismes à but non-lucratif du monde entier, qui ont mené à la création de 144 forêts urbaines — soit plus de 450 000 arbres — dans plus de 50 villes de 13 pays différents, notamment aux États-Unis, aux Pays-Bas, au Liban, au Japon, à Singapour, en Iran, au Nicaragua et au Chili. Certaines de ces initiatives incluent la création de forêts de type endémique dans les régions désertiques de l'Inde occidentale et de l'Himalaya, ainsi que de prairies boisées dans un désert froid en haute altitude.

 

Au fil des ans, Afforestt a aussi expérimenté d'autres techniques, telles que l'agriculture naturelle et l'amélioration des sols, afin d’optimiser son approche. Mais la société est allée encore plus loin en 2015, lorsqu'elle a commencé à fonctionner sur un modèle open source. L'objectif était d'apprendre au plus grand nombre possible d'individus et d'organisations à planter des forêts urbaines dans des usines, des bureaux ou même dans leur propre cour arrière. L’organisation partage largement la méthode Miyawaki à travers des formations, des ateliers ou même de la documentation accessible en ligne.

 

Le programme de création de petites forêts, par exemple, permet aux particuliers et aux organisations d'apprendre à créer leur propre forêt urbaine. Les apprentis sylviculteurs participent à l'ensemble du processus, qui comprend un mélange de cours théoriques et de travaux pratiques menés en extérieur. À la fin du programme, ils réussissent à créer un îlot forestier de 200 mètres carrés, composé de 600 arbres indigènes, au cœur de leur propre ville.

 

Afforestt travaille actuellement sur son plus grand projet à ce jour : l'installation d'une forêt de 12 000 arbres au cœur de New Delhi, l'une des villes les plus polluées du monde. Mais des défis considérables restent à relever. La société souhaite planter 2 800 espèces d'arbres différentes, mais l'Inde ne produit que des graines d’environ 100 espèces de nos jours. Une limite que l'entreprise espère bientôt surmonter en se lançant elle-même dans la production de graines.

 

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Cet article a été écrit dans le cadre d’une série produite pour open_resource par Sparknews, une entreprise sociale française qui vise à faire émerger des nouveaux récits pour accélérer une transition écologique et sociale à la hauteur des enjeux de notre époque.

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