Une exposition pour sensibiliser à la beauté fragile des océans

Bruno David, Président du Muséum national d'Histoire naturelle © Agnès Iatzoura - Muséum national d'Histoire naturelle

L'exposition "Océan, une plongée insolite" présentée au Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) propose aux visiteurs de plonger à la découverte des richesses méconnues des océans. A travers une scénographie immersive et des dispositifs interactifs, elle met en lumière les différents enjeux liés à la préservation de ces écosystèmes uniques mais menacés. Bruno David, président du MNHN, revient sur les grands défis liés à l’exploration et la préservation de l’océan.

Quels messages avez-vous souhaité transmettre avec cette exposition ?

L'idée est de montrer des facettes inconnues, ou peu connues, de l'océan et souligner que la vie océanique ne se résume pas à quelques mammifères marins ou poissons. Notre objectif est d'accompagner le public dans sa connaissance de la biodiversité marine tout en lui montrant le côté extraordinaire, c'est-à-dire insolite, de cette vie. Je parle de cette exposition comme  "un vaccin contre l'indifférence". En effet, grâce à la beauté des organismes vivants qui sont présentés, comme les espèces planctoniques vivant dans les milieux extrêmes, nous souhaitons sensibiliser le visiteur aux questions liées à l'océan et aux menaces qui pèsent sur lui. Nous n'avons pas voulu proposer une exposition anxiogène, mais une exposition dont les fils conducteurs sont l'esthétique et l'inconnu. Le visiteur est embarqué dans une plongée magnifique, interactive et instructive.

Paysage sous-marin antarctique - NSF/USAP photo by Steve Clabuesch

L'océan recouvre 71 % de la surface de la Terre, mais reste pourtant largement méconnu. Quel est le plus grand défi lié à son exploration ?

Je serais plus précis en disant que l'océan recouvre 96 % du volume offert à la vie sur Terre. La vie occupe toute l'épaisseur de la tranche d'eau des océans qui mesure, en moyenne, 3700 mètres. Le vivant est présent dans l'océan jusqu'à 11 000 mètres de profondeur et jusqu'à aujourd'hui, quatre personnes seulement ont atteint ces zones abyssales. Pour réussir à l'explorer davantage, il faudra, bien sûr, relever le défi de son accessibilité. Lutter contre la pression, le poids de la colonne d'eau, est un défi technologique immense que nous montrons et expliquons dans l'exposition. 

Mise à l’eau du Nautile © Ifremer / Stéphane Lesbats

Comment le Muséum national d'Histoire naturelle participe-t-il à l’étude de ces écosystèmes ?

La vocation du Muséum est de connaître et d'archiver le patrimoine naturel. Face à l'érosion de la biodiversité causée par l'homme, les missions océanographiques sont indispensables. Nous diligentons des expéditions de tous types, dont océanographiques, à travers notre programme "La planète revisitée". Prochainement, les équipes partiront pour la Corse afin de dresser un inventaire des espèces vivant dans les premiers 1000 mètres. Le Muséum est également très investi dans l'exploration de l'océan Austral qui entoure l'Antarctique. Plus de 2000 nouvelles espèces par an sont découvertes grâce à toutes ces initiatives. 

Que reste-t-il à découvrir sur la biodiversité marine ?

Aujourd'hui, environ 300 000 espèces océaniques sont recensées, ce qui est peu. Nous ne connaissons par exemple qu’1 % seulement de la vie dans les plaines abyssales. Des exemples récents nous montrent toute l’étendue de notre « ignorance » : l'expédition TARA OCEAN, qui a navigué sur 350 000 km entre 2009 et 2013 et analysé de très nombreux prélèvements  d'eau de mer, a ainsi comptabilisé plus d'un million d'espèces planctoniques ! Ce qui n’est pas une donnée anecdotique quand on sait que la moitié de l'oxygène de l'atmosphère est fournie par le phytoplancton. Nous avons donc encore beaucoup de choses à apprendre. Dans l'exposition, nous citons quelques exemples, comme celui de la médecine, qui pourrait largement profiter d’une meilleure connaissance de cette vie marine.

Quelles menaces pèsent aujourd'hui sur les écosystèmes marins ?

Les menaces sont nombreuses : la surexploitation des ressources, les pollutions (plastiques, chimiques…), le changement climatique, l'acidification des océans et le transport maritime. L'exploitation minière des monts sous-marins et des sources hydrothermales constitue aussi une nouvelle menace. Face à ces constats, je n'ai pas de solutions si ce n'est de dire qu'il nous faut calmer nos appétits ! Nous devons moins consommer, encourager le recyclage et tendre vers une économie la plus circulaire possible.

 

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Découvrez l’exposition "Océan, une plongée insolite" au Museum national d’Histoire naturelle à Paris jusqu’au 5 janvier 2020, et retrouvez plus d’informations sur le site dédié.

L’océan fascine mais il est aujourd’hui mis à mal par les activités humaines qui génèrent une forte pollution, essentiellement plastique. SUEZ, partenaire de l’exposition, s’engage pour la sauvegarde de l’océan et met en œuvre, à terre, des solutions de collecte, de recyclage et de valorisation des déchets mais aussi de traitement des eaux usées. Pour en savoir plus, découvrez la démarche #SUEZ4ocean

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