Le numérique peut-il nous aider à mieux protéger les ressources ? Le point de vue d'Alysia Garmulewicz

Vue macro d'un tissage plastique - © JJ Ying

Vue macro d'un tissage plastique - © JJ Ying

Alysia Garmulewicz, PDG de Matterscape et professeure d’entrepreneuriat en hautes technologies, nous explique comment le numérique peut devenir un moteur de l'économie circulaire à travers l'évolution des procédés de production

La fabrication numérique dans un monde digital : semer les graines d’une économie circulaire

La fabrication numérique pourrait changer fondamentalement la donne en termes de localisations et d’échelles de production. Il est essentiel de cerner les conséquences de ce phénomène sur les ressources pour comprendre comment nous pouvons exploiter ces technologies au profit de la transition vers une économie circulaire.

 

                                 Alysia Garmulewicz

Fabrication numérique : tirer parti de l’économie circulaire

La fabrication numérique est une révolution dans la science et les procédés de production. Cette révolution ne concerne pas uniquement les outils (imprimantes 3D, découpeuses laser ou logiciels de CAO). Il s’agit de ce que l’on peut faire avec. La fabrication numérique bouscule les systèmes de production et les modèle à sa propre image. Tout comme Internet a démocratisé la production de biens d’information numérisés comme les vidéos et la musique, la fabrication numérique inaugure un monde dans lequel n’importe qui, n’importe où, peut avoir les moyens de prendre part à la production de biens matériels tels que des machines, de l’électronique, des meubles ou des vêtements.

Comme les technologies de fabrication numérique permettent de décentraliser la production, nous assistons à la croissance exponentielle de centres de production à l’échelle communautaire. L’impression 3D, la découpe laser, le fraisage CNC, le moulage et la coulée ainsi que la production de composants électroniques permettent de concevoir des produits performants dans des « fab labs », des « makerspaces » et des « hackerspaces » dans le monde entier. Pourtant, ces centres de production très décentralisés utilisent essentiellement des matières plastiques, de la céramique et des métaux produits de façon centralisée par de grands groupes industriels et distribués à l’échelle mondiale. Les petits acteurs sont confrontés à d’importantes barrières à l’entrée sur le marché. Les particuliers n’ont aucune chance. La fabrication numérique est une révolution du XXIe siècle greffée sur la chaîne d’approvisionnement propre à l’ère industrielle du XXe siècle.

Comme la production de matériaux industriels génère de fortes émissions résultant de traitements intensifs ainsi que des coûts de transport, la possibilité de répondre à la demande croissante d’un marché de fabricants de plus en plus décentralisé avec des sources d’approvisionnement en matériaux durables et plus localisées promet une transition vers une économie circulaire.

Choisir des matériaux durables en « open source »

Dans la nature, les organismes créent des matériaux performants à partir de nutriments simples et abondants, parmi lesquels des protéines structurales comme le collagène et la kératine qui contribuent à la constitution de nos os et ligaments, des polysaccharides comme la cellulose et la lignine qui sont les éléments de base des plantes, la chitine qui forme le squelette des insectes et la coquille des crustacés, ainsi que des minéraux communs comme la silice et la calcite qui participent à la formation de céramiques dures comme les dents et les coquilles. Puisque cet ensemble de matériaux de construction est partagé par toutes les formes de vie, y compris la vie humaine, il est donc possible de s’approvisionner en matériaux et de les recycler dans les habitats locaux comme dans la biosphère mondiale.

Cette palette de nutriments est ce qui a inspiré Materiom, une bibliothèque et une base de données de matériaux destinées à la fabrication numérique. Cette plateforme, dont le lancement est prévu cette année, proposera des recettes de plastiques fabriqués à partir d’algues, d’amidon et de protéines ou de matériaux composites à base de fibres naturelles, de minéraux communs et d’argiles. Suivant un modèle d’innovation open source, les recettes fournies par les membres de notre communauté seront sous licence open source afin d’encourager la reproduction, l’amélioration et le partage.

Si nous voulons passer à l’économie circulaire, il est nécessaire d’adopter une nouvelle approche en matière d’approvisionnement et de recyclage des ressources. La fabrication numérique ouvre la porte à un paradigme de production inspiré par la nature. Avec Materiom, notre objectif est de fournir un livre de recettes à la nouvelle génération d’industriels.

 

Découvrez le point de vue de Daniel Kaplan, cofondateur de la FING/Imaginizing the Future.

Cet article a été publié dans le cinquième numéro d’open_resource magazine : « La gestion des ressources à l’ère du digital ».

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