Convention Citoyenne pour le Climat : ces mesures qui veulent "refaire de la France le pays des Lumières"

©Katrin Baumann - Convention Citoyenne pour le climat

Sylvain Burquier, l’un des 150 citoyens tirés au sort pour intégrer la Convention Citoyenne pour le Climat en octobre 2019, revient sur les propositions présentées au gouvernement français fin juin pour répondre aux grands enjeux liés au changement climatique. Interview.

Si la pandémie de Covid-19 et l'arrêt de l'économie qu'elle a entraîné ont provoqué une chute des émissions de CO2 inédite depuis la seconde guerre mondiale, cela reste insuffisant pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. Après neuf mois de travail intense, d’octobre 2019 à juin 2020, les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat ont présenté au gouvernement français quelques 149 propositions visant à replacer la lutte contre le changement climatique au cœur des politiques du pays, dont 146 ont été retenues par le président Emmanuel Macron pour constituer un projet de loi “multi-mesures” en septembre prochain. Sylvain Burquier, l’un des 150 citoyens tirés au sort pour constituer cette assemblée et secrétaire adjoint du “Bureau des 150”, l’association créée pour assurer le suivi des travaux de la Convention Citoyenne, revient sur les mesures retenues, fort ambitieuses, destinées à faire face à la crise climatique.  

La convention citoyenne avait pour objectif de proposer des mesures pour réduire de 40% les gaz à effet de serre émis par la France d’ici à 2030 par rapport à 1990. Pourquoi déléguer cette responsabilité à 150 citoyens ?

La convention citoyenne a été convoquée par le président Emmanuel Macron à la suite de la crise des gilets jaunes, pour répondre à deux enjeux majeurs. Le premier, lié au dérèglement climatique, est évidemment principal. Il est à l’origine des questions liées à la préservation de la biodiversité, avec la disparition en cours de millions d’espèces, mais aussi à une crise sociale qu’on a tendance à oublier, marquée par de fortes injustices (car ceux qui vont souffrir le plus des effets du changement climatique sont ceux qui génèrent le moins d’émissions de CO2) et des migrations considérables à venir. Cette crise climatique et sociale entraîne de la défiance de la part des citoyens. La mise en place d’un système de démocratie délibérative et participative, au sein d’une assemblée citoyenne tirée au sort, répondait précisément à ce problème de défiance des citoyens par rapport aux politiques. De plus, les expériences menées précédemment avec des systèmes similaires, au Texas et en Irlande, ont démontré qu’une assemblée citoyenne représentative offrait un cadre de réflexion plus large, notamment pour des sujets aussi précis et vastes que celui du changement climatique. Au sein de la convention citoyenne, nous sommes vraiment représentatifs de toute la population française et avons eu accès à toutes les informations nécessaires sur ce sujet sans avoir les mêmes contraintes que les politiques.  

A l’issue de vos travaux, cinq grandes thématiques occupent le devant de la scène : se déplacer, consommer, se loger, produire et travailler, se nourrir. En quoi ces axes répondent-ils aux enjeux climatiques actuels ?

Ces cinq groupes de travail ont été définis pour répondre à une dimension de la vie quotidienne des citoyens, des entreprises et de toute la sphère politique ayant un impact avéré sur le changement climatique. Aux débuts de la convention, la première session a été une vraie claque pour nous : nous avons pris conscience du drame qui pourrait potentiellement se produire dans les années à venir et du décalage qu’il pouvait y avoir entre les objectifs de l’accord de Paris, la stratégie nationale bas carbone et la limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. La crise sanitaire qu’on vient de traverser a été une sorte d'entraînement, une version plutôt sympa de ce qui pourrait nous arriver avec le réchauffement climatique et, par exemple, les 300 millions de réfugiés climatiques qu’il entraînerait. Parce que les enjeux actuels de mobilité, d’agriculture, de logement sont imbriqués les uns dans les autres, nous avons voulu que notre réponse soit à leur image, globale et systémique. 

Vos travaux ont abouti à 149 propositions, dont 146 ont été retenues par le gouvernement pour un projet de loi. Parmi elles, lesquelles auront le plus d’impact sur le climat ?

Toutes sont importantes, mais à titre personnel j’en retiens quelques-unes qui peuvent non seulement avoir un effet positif sur les gaz à effet de serre mais également sur la société dans son ensemble. La régulation de la publicité, par exemple, est un sujet majeur qui touche aussi bien à la surconsommation qu’à l’énergie, avec en cause l’utilisation des panneaux publicitaires lumineux. Celles liées à la lutte contre l'artificialisation des sols est un autre sujet crucial car l’équivalent d’un département français disparaît tous les sept ans pour faire place à des grands magasins et des sociétés, c’est effrayant. La rénovation thermique des bâtiments, qui produisent énormément CO2, est également un point essentiel, capable par ailleurs de favoriser la relance économique. Enfin, la révision de l’article 1 de la Constitution [pour y inscrire la préservation de la biodiversité et le respect du climat] me semble aussi primordiale car cela signifierait que les citoyens sont en mesure de reprendre en main leur propre constitution en faveur de la planète. 

Au niveau des entreprises et du secteur privé, quelles sont vos recommandations pour produire et travailler plus écologiquement ?

Personnellement, je considère que la transition écologique est une opportunité, tant pour les entreprises que pour les citoyens. C’est pourquoi j’ai porté une proposition pour adosser un bilan comptable au bilan carbone pour toutes les structures, qu’elles soient financières, bancaires, industrielles, associatives ou qu’il s’agisse de collectivités locales. Pour les entreprises, cela permettrait de les valoriser plus justement. Il ne faut pas voir ces mesures comme des restrictions ou des punitions, mais plutôt comme une opportunité de repenser le système de production. Pour prendre d’autres exemples plus concrets, le remplacement des flottes de véhicules et l’encouragement des investissements verts auraient également beaucoup d’impact.

Si appliquées, ces mesures seront-elles suffisantes pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris ?

De notre côté, on aura répondu au mandat qui nous a été donné : réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Après, notre pays émet 0,9% des émissions de la planète, donc il y a un monde entier à repenser à l’échelle internationale. Mais comme on a pu le voir avec la crise de covid-19, nous sommes capables de nous adapter rapidement face à des enjeux d’ampleur. Désormais c’est aux entreprises et aux Etats de s’impliquer et de se responsabiliser pour mener à bien la transition nécessaire. Au-delà de la portée symbolique, modifier la Constitution pour y inscrire la préservation de la biodiversité et le respect du climat dans l’article 1 nous permettrait de refaire de la France le pays des Lumières, et un exemple à suivre pour le reste du monde. 

 

©Katrin Baumann

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Cet article a été écrit dans le cadre d’une série produite pour open_resource par Sparknews, une entreprise sociale française qui vise à faire émerger des nouveaux récits pour accélérer une transition écologique et sociale à la hauteur des enjeux de notre époque.

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