changement climatique : l’alimentation fait-elle partie du problème ou de la solution ?

© Chris Steele Perkins Magnum Photo-FAO

Nos systèmes agricoles et alimentaires peuvent-ils répondre aux enjeux de la lutte contre le changement climatique ? Pour en savoir plus sur la direction que doivent prendre nos habitudes de production et de consommation, découvrez le point de vue de Maria-Helena Semedo, directrice générale adjointe de la FAO.

Transformer nos systèmes alimentaires pour lutter contre le changement climatique

Notre époque est marquée par le changement climatique. Au cours des cinq dernières années, nous avons enregistré des records de chaleur, associés à une augmentation significative du niveau de la mer et des émissions de CO2. Ces constats se traduisent par autant de défis à relever au niveau mondial pour nourrir une population toujours plus nombreuse et préserver notre planète. Mais alors que l’agriculture et nos systèmes de production alimentaire contribuent au changement climatique, ils font également partie de la solution à long terme. Parmi les pistes les plus efficaces pour s’adapter au changement climatique et l’atténuer figurent des mesures visant à rendre les secteurs agricoles durables[1].

Solutions simples mais impacts critiques

Dans un premier temps, adopter des pratiques plus responsables dédiées à l’alimentation du bétail et à la gestion des fumiers peut réduire de 33 % les émissions liées à l’élevage. Par ailleurs, une meilleure utilisation des technologies telles que les générateurs à biogaz et les dispositifs permettant d’économiser de l’énergie, à l’instar des pompes à chaleur et de l’isolation thermique, peuvent également contribuer à rendre le secteur agricole plus durable.

 

Dans un second temps, les stratégies de restauration des terres, telles que la réhabilitation des sols dégradés, mais également la plantation d’arbres, d’arbustes et de mangroves permettent de régénérer les puits de carbone. En parallèle, elles peuvent augmenter le rendement des cultures, ainsi que la qualité de l’eau et des sols, tout en protégeant la biodiversité et en préservant les services écosystémiques. En fin de compte, la teneur du sol en carbone organique pourrait nous donner les moyens d’accroître la production de denrées alimentaires de 17,6 mégatonnes par an et contribuer à maintenir la productivité dans les zones arides.

 

Enfin, les approches agroécologiques et agroforestières favorisent la séquestration du carbone grâce à la combinaison de deux pratiques : la rotation des cultures et le maintien du couvert végétal permanent. La FAO[2] estime que l’alternance du mouillage et du séchage dans les rizières réduit les émissions de méthane de 45 %, tout en économisant l’eau et en donnant des rendements similaires à ceux des rizières entièrement immergées.

Des innovations et des solutions bio-inspirées

©Giulio Napolitano-FAO

 

Le développement de solutions inspirées de la nature[3] peut véritablement aider à relever les défis planétaires en lien avec la gestion de l’eau et à identifier des alternatives durables pour la production de nos aliments. Nous devons réaffirmer le rôle des exploitants agricoles, ambassadeurs de premier choix capables de conjuguer leurs connaissances traditionnelles et de nouvelles compétences et formations. Prenons un exemple : dans le bassin de la rivière Kagera[4], les sols et les ressources en eau douce sont menacés. Pour les gérer durablement, les exploitants agricoles y cultivent des légumes à rendement élevé facilement commercialisables qui résistent à la sécheresse, nécessitent peu d’espace et poussent rapidement.

 

Une autre réponse au changement climatique consiste à libérer le potentiel des innovations agricoles, qu’il s’agisse de solutions simples ou de technologies satellites. Ces innovations sont à même d’accroître la productivité, l’efficacité et les rendements du secteur agricole, tout en préservant les ressources naturelles et l’environnement. Une gestion efficace de l’irrigation, la transformation digitale et les programmes de gestion intelligente de l’énergie peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre, contribuer à la préservation des ressources naturelles et attirer des investissements stratégiques de la part du secteur privé. De plus, la transformation digitale peut aider les petits exploitants agricoles à accéder à des marchés, à accroître leurs revenus et à améliorer leurs conditions de vie.

À l’heure des changements concrets

La capacité du secteur agricole à s’adapter au changement climatique a des répercussions profondes sur les moyens de subsistance de la plupart des habitants dans de nombreux pays développés et en développement. Plus de 3 milliards de personnes, soit 80 % de la population mondiale souffrant de pauvreté, vivent en milieu rural et près de 2,5 milliards d’entre elles dépendent de l’agriculture pour leur subsistance. Les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les forestiers, dont le travail est intimement lié au climat, doivent avoir davantage accès à l’information, aux technologies, aux marchés et au crédit pour investir. Ils pourraient ainsi adapter leurs pratiques de production en fonction de l’évolution du climat, accroître leur résilience et continuer de contribuer à la croissance économique nationale.

 

Les agriculteurs sont en première ligne de cette transition. Mais il est urgent de rendre nos systèmes de production alimentaire durables et d’adopter de meilleures habitudes de consommation pour réduire la pression exercée par le secteur agricole sur les ressources environnementales. Cette tendance mondiale doit être soutenue par les multinationales de l’agroalimentaire. Il est crucial qu’elles conduisent ce changement en adoptant une approche circulaire et durable de leurs modes de production.

 

À l’occasion de la COP25, la FAO a porté le message suivant, issu du Sommet action climat de l’ONU : la transformation de nos systèmes de production alimentaire est un processus qui s’inscrit sur le long terme, mais dont l’impact sera bénéfique dans le monde entier. À ce moment clé de la transition vers un développement durable, la FAO a continué de promouvoir toutes les initiatives agricoles visant à lutter contre le changement climatique tout en progressant vers l’objectif « Faim Zéro », tant dans les pays développés que dans les pays en développement.

 

[1] Le dernier rapport spécial du GIEC démontre que l’agriculture, la foresterie et d’autres types d’utilisation des terres représentent près de 24 % du total net des émissions de gaz à effet de serre émanant des activités humaines. Ce secteur est dans le même temps associé à un potentiel d’atténuation significatif.

[2] Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

  [3] Ensemble de pratiques qui peuvent protéger nos ressources naturelles tout en améliorant l’état et la qualité de nos écosystèmes.

[4] Située en Afrique de l’Est, une des régions les plus importantes en termes d’agrobiodiversité et de production alimentaire.

 

Cet article a été publié dans le septième numéro  d'open_resource magazine : "Alimentation durable, planète durable"

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