Agir collectivement pour améliorer la qualité de l'air

(c)SUEZ/William Daniels

En septembre 2019, SUEZ annonçait la création d’un Pôle Air visant à apporter des solutions concrètes et innovantes au défi environnemental que représente la qualité de l’air. Un enjeu majeur sur lequel revient Jérôme Arnaudis, Directeur du Pôle Air de SUEZ, pour open_resource.

Comment les enjeux liés à la qualité de l'air sont-ils aujourd'hui considérés en France ?

Les enjeux liés à la pollution atmosphérique commencent à être pleinement appréhendés. La Loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie prévoit d’ailleurs, dans son article 2, que les collectivités doivent proposer à tout citoyen un air non nuisible à sa santé.

Après la prise de conscience politique, nous assistons aujourd'hui à une prise de conscience citoyenne de plus en plus forte. Un long chemin a été parcouru, et la qualité de l'air ne cesse de s'améliorer. Cependant, il faut poursuivre les efforts, car les changements de comportement sont des processus qui peuvent prendre plusieurs années. Cette mobilisation est primordiale, car la pollution de l’air est un phénomène global qui ne connaît pas de frontière. Il a également un coût non négligeable. Un rapport présenté par le Sénat en 2015 montre ainsi que la charge économique globale de la pollution de l'air en France est de l'ordre de 100 milliards d'euros par an dont 68 à 97 milliards sont liés à l'impact sanitaire. Nous devons donc poursuivre les actions collectives et la stratégie d’innovation.

 

Selon vous, de quels moyens les collectivités locales disposent-elles pour lutter contre la pollution de l’air ?

Les collectivités ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour pouvoir mener cette lutte avec efficacité. La France vient d’ailleurs d’être condamnée par la Cour de justice de l’Union Européenne pour non-respect des normes européennes en matière de qualité d'air. 12 métropoles françaises sont concernées par ces manquements, notamment Lyon, Paris et Grenoble.

On peut distinguer différents moyens de combattre le phénomène. Il y a d’une part ceux qui passent par le monitoring, et d'autre part ceux qui permettent de traiter la pollution. D’abord, pour surveiller, prévenir et informer, le Ministère de la Transition écologique et solidaire s'appuie sur les bonnes pratiques de la Fédération Atmo France, de l'ADEME, et du Laboratoire Central de Surveillance de la Qualité de l'Air. Ces recommandations permettent aux collectivités de développer des systèmes de surveillance toujours plus performants. Ensuite, pour éliminer la pollution, il existe des innovations d’ores et déjà déployées par certaines collectivités pionnières. Ce qu’il est important de retenir, c’est que c’est l’association de ces deux types de solutions qui permet d'obtenir des résultats tangibles. C'est d'ailleurs ce principe que l'on retrouve dans l’établissement de la Zone à Faibles Emissions (ZFE) de la métropole du Grand Paris.

De nombreuses activités industrielles sont à l’origine d’émissions de gaz et particules dans l’atmosphère – comment les industriels se saisissent-ils du sujet ?

Les récents rapports montrent que les industriels ont réalisé un travail considérable pour respecter les normes de qualité d'air en sortie de procédés, des normes qui sont d'ailleurs de plus en plus contraignantes. Dans la majeure partie des cas, les bassins industriels ont réussi, en fonction de leur typologie, à améliorer la qualité de leur air. Les procédés mis en place sont multiples, on peut notamment citer les techniques de lavage de fumée et la mise en place de filtres dernière génération comme les filtres électrostatiques. Or si les industriels ont une responsabilité, il ne faut pas oublier que c’est l’action collective qui fera la différence :  les trois plus grands pollueurs que sont l'industrie, le transport et les particuliers (via le chauffage) doivent agir de concert pour lutter efficacement contre la pollution de l’air.

SUEZ a développé avec Fermentalg le Puits de carbone, une innovation permettant de capter le CO2 et les polluants atmosphériques présents dans l’air et de les valoriser en énergie verte. Plusieurs pilotes ont été déployés en France, quelles conclusions peut-on tirer de ces expérimentations ?

Notre partenariat avec Fermentalg, depuis 2015, porte sur le développement d’un procédé de purification d’air basé sur la capacité des micro-algues à capturer le CO2 et les composants de la pollution atmosphérique. Les micro-algues naturelles sont sélectionnées avec Fermentalg en fonction du cas d'application. Nous avons démontré que dans un environnement urbain le puits de carbone permet de capter en moyenne 75% des principaux polluants atmosphériques que sont les particules fines (PM10) et le dioxyde d’azote (NO2). Les micro-algues réalisent leur photosynthèse grâce au CO2 atmosphérique, mais elles assurent aussi leur croissance grâce à l'azote du NO2. Aujourd'hui, nous avons vérifié sur banc de test les performances de notre  démonstrateur urbain auprès de l'INERIS (Institut national de l'environnement industriel et des risques). Grâce aux simulations effectuées, nous avons montré que nous captons 97 % du NO2 émis pendant un pic de pollution d'une métropole européenne, et 87% sur un pic observé dans une métropole d'Asie du Sud-Est.. Un démonstrateur puits de carbone intercepte aujourd'hui, in situ, l'équivalent des émissions de 150 véhicules sur un trajet quotidien francilien. Désormais, nous souhaitons l'optimiser et passer à l’échelle pour qu'il puisse absorber 10 à 100 fois plus de pollution tout en s'intégrant pleinement dans l'espace public.

Quelles sont vos pistes d’innovation pour améliorer la qualité de l’air à l’avenir ?

Au sein du Pôle Air de SUEZ, nous travaillons à la création de plusieurs solutions concrètes et opérationnelles sur le terrain, tout en menant une dynamique de R&D et d’innovation, en propre ou en partenariat avec d’autres acteurs. Notre développement s’articule autour du déploiement de solutions sur mesure pour traiter l'air des environnements urbains, des stations de métro, des tunnels ou encore des cours d'école. Nous devons aussi renforcer nos actions pédagogiques pour sensibiliser le plus grand nombre aux changements climatiques et aux enjeux liés à la qualité de l'air. Enfin, nous accompagnons nos clients, les collectivités et les industriels, sur le sujet de la qualité de l'air et des changements d’habitudes sur le long terme.

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