Nourrir durablement la planète, l’enjeu du siècle

©Will Walker

Dix milliards d’habitants… En 2050, la Terre comptera quatre fois plus d’habitants qu’un siècle auparavant et trois milliards de plus qu’aujourd’hui. Nourrir le monde, de façon équilibrée et durable, tout en restaurant et préservant l’environnement, est assurément l’un des défis majeurs qui s’impose à nous dès aujourd’hui.

Eau, sols, biodiversité, climat... c’est dans toutes ses dimensions, que l’état de notre planète est aujourd’hui impacté par nos modes de production alimentaires. L’agriculture telle que pratiquée aujourd’hui est à l’origine de 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et utilise 70 % de l’eau douce consommée chaque année. Contribuant au changement climatique, elle en est aussi l’une des principales « victimes », sous l’effet des sécheresses, des baisses de rendement…

 

Mais, au-delà de la seule agriculture, c’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui impacte notre environnement, depuis la transformation et le transport des produits alimentaires, jusqu’au défi du gaspillage (qui représenterait 1/3 de la nourriture produite dans le monde). Une transformation radicale des systèmes et modes alimentaires s’impose donc pour réussir à l’avenir à produire davantage, mieux et dans le respect de l’environnement.

Minimiser l’empreinte environnementale de nos modes de production : l’agroécologie

Une prise de conscience s’opère à tous les niveaux de la chaîne alimentaire pour mieux prendre en compte les impératifs écologiques et mieux gérer les ressources.

 

De l’Afrique à l’Amérique Latine en passant par l’Europe, le principe d’agroécologie se développe progressivement : un ensemble de techniques agricoles respectueuses de l’environnement, susceptibles de préserver la biodiversité, limiter l’érosion des sols, réduire les pertes après récolte ou recycler biomasse et déchets.

 

Optimiser la gestion de l’eau, pierre angulaire de la chaîne alimentaire, est par exemple un impératif qui fait l’objet d’avancées notables, dans un contexte de raréfaction de la ressource. En Italie, l’usine de traitement de Milan San Rocco permet l’irrigation de plus de 22 000 hectares de cultures agricoles grâce au recyclage des eaux usées. Au Chili, ce sont les boues issues des eaux usées de la station d’épuration de La Farfana qui sont transformées en engrais pour les agriculteurs. Des agriculteurs qui ont donc un rôle majeur à jouer dans la transition du secteur vers l’économie circulaire. Ainsi, en tant que producteurs de déchets organiques, ils peuvent désormais devenir producteurs de nouvelles ressources. Une solution telle qu’Organix, première place de marché numérique française pour les déchets organiques, permet à ces producteurs de déchets de les vendre à des industriels capables de les transformer en énergie. La boucle est bouclée.

 

Ces transitions écologiques sont aujourd’hui appelées de leurs voeux par un nombre croissant d’acteurs de la filière. Lors du Sommet sur le climat de l’ONU en septembre, dix-neuf entreprises leader de l’agroalimentaire ont signé l’engagement «One Planet Business for Biodiversity», promettant de lutter contre la déforestation et d’œuvrer pour une agriculture régénératrice des sols.

 

Si ces efforts sont indispensables, ils ne suffiront sans doute pas. Préserver les ressources et les écosystèmes nécessite également une mutation profonde de nos modes de consommation et de nos habitudes alimentaires. Une évolution déjà en cours.

Mieux manger : bon pour soi... et bon pour la planète

© Ivan Bandura

 

Le rapport à l’alimentation a considérablement évolué depuis une dizaine d’années. Au-delà du débat sur les OGM, les consommateurs sont préoccupés par la provenance, la qualité et les modes de production de leur nourriture. Par dizaines, applis mobiles et outils connectés aident à mieux connaître son corps et ses besoins, de façon à établir des régimes adaptés, mesurer l’évolution de son métabolisme ou analyser ce qu’on a dans son assiette.

 

Cette évolution entre en résonance avec les préoccupations climatiques, environnementales et éthiques. L’élevage intensif[1] étant responsable de près de 15 % des émissions carbone, être végan ou locavore (consommer des aliments produits localement) n’est pas juste une mode. Cela exprime le rejet de systèmes qui ne sont plus adaptés à l’état actuel de notre planète.

 

Faut-il pour autant cesser de consommer de la viande ? Il n’existe pas de réponse globale car il faut tenir compte des besoins nutritionnels de chaque population et des habitudes alimentaires à l’échelle de la planète ; des pratiques qui évoluent au gré des tendances mais qui sont surtout soumises à plusieurs critères (niveau de développement, pouvoir d’achat, pratiques religieuses…).

 

Pour les chercheurs de l’université Johns-Hopkins[2], deux types de régimes alimentaires permettraient de concilier avec succès lutte contre la malnutrition et changement climatique. Tandis que le premier « aux deux tiers végétalien » combine alimentation végétalienne et omnivore, le second propose notamment de consommer des insectes pour réduire son empreinte environnementale. Une voie qu’empruntent de plus en plus de professionnels du secteur.

Viandes végétales et insectes à grignoter : les nouveaux horizons de l’alimentation ?

Tandis que plusieurs chaînes de fast food -Chipotle Mexican Grill, Del Taco, Blaze Pizza par exemple - ont ajouté des options vegan à leurs menus, des start-up comme Beyond Meat, Impossible Foods, produisent de la « viande sans viande », synthétisée à partir de protéines végétales ayant l’aspect et le goût de la viande tout en étant plus saine, plus écologique et en éliminant toute cruauté à l’encontre des animaux. Une tendance qui n’est pas prête de s’éteindre : selon une étude publiée en juin 2019 par le cabinet de conseil AT Kearney, seulement 40 % de la viande consommée dans 20 ans proviendra réellement d’animaux.

 

D’autres misent sur les insectes comestibles. Particulièrement riches en protéines, vitamines et sels minéraux, les insectes sont produits de façon infiniment plus écologique que l’élevage animal traditionnel.

 

Pour l’heure, en dehors des pays où la consommation d’insectes est une tradition séculaire (fourmis au Mexique, cafards grillés en Thaïlande...), la tendance apparaît en filigrane en Occident. Certains restaurants en proposent déjà et les grandes surfaces s’y mettent : en Grande-Bretagne, Sainsbury’s, deuxième chaîne de supermarchés du pays, propose des sachets de criquets grillés pour l’apéritif.

 

Mais cela n’est pas si anecdotique. Selon l’agence Meticulous Market Research, dans 10 ans, on produira 730 000 tonnes d’insectes comestibles - contre 50 000 aujourd’hui. Et ceux qui y croient sont de plus en plus nombreux : SUEZ est devenu actionnaire de Nextalim, une entreprise spécialisée dans l’entomologie qui a développé une solution basée sur la culture de mouches pour transformer les biodéchets en protéines pour la production animale. Une vraie solution circulaire !

 

Quoi qu’il en soit, comme le souligne l’écrivain et économiste français Jacques Attali dans son dernier livre, Histoires de l’alimentation, « notre modèle alimentaire ne peut plus durer ». Et c’est bien l’ensemble de la chaîne alimentaire, de ce qu’on mange jusqu’à la façon dont on le produit, qui doit se réinventer.

 

[1] Dans une acception comprenant la production et la transformation des aliments pour les bêtes, la fermentation entérique, le stockage et le traitement du fumier ainsi que le transport de la viande produite.

[2] “Country-specific dietary shifts to mitigate climate and water crises”, Global Environmental Change, Août 2019.

 

 

 

Cet article a été publié dans le septième numéro  d'open_resource magazine : "Alimentation durable, planète durable"

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