résilience planétaire

©Vincent Callebaut Architectures

Vincent Callebaut se définit lui-même comme « archibiotecte », néologisme mêlant architecture, biotechnologies et technologies de l’information et de la communication. Célèbre pour ses écoquartiers futuristes, il imagine des cités biomimétiques, végétales et durables capables d’affronter les catastrophes naturelles pour accueillir une civilisation plus résiliente. SUEZ est allé à la rencontre de ce visionnaire qui cherche à réconcilier l’être humain et son écosystème.

 

Réparer le climat et régénérer les écosystèmes

Dans une société en pleine révolution qui cherche à se réinventer, mon leitmotiv pour se réapproprier le monde durablement est de transformer les villes en écosystèmes, les quartiers en forêts et les bâtiments en arbres habités. Il s’agit bien de rêver à réparer la machine climatique et d’imaginer un urbanisme résilient capable de retisser la juste symbiose entre l’action des hommes et leur environnement.

Loin de notre civilisation énergivore fondée sur une économie linéaire qui extrait des ressources limitées sur un territoire fini, qui produit et qui consomme massivement tout en générant de la dette, de la pollution et des déchets à foison, ma philosophie architecturale est de proposer des urbanismes qui mettent en place une économie circulaire faisant en sorte que tout ce qui est produit et consommé soit recyclable en circuits fermés en utilisant uniquement des énergies renouvelables.

Cette nouvelle économie « régénérative » est bio-inspirée par la symbiose qui s’opère au cœur de la forêt amazonienne. En effet, cet écosystème mature ne produit aucune pollution ou aucun déchet qui ne soit pas considéré comme une ressource naturelle réutilisable. De plus la forêt amazonienne utilise principalement la photosynthèse naturelle comme seule source d’énergie, elle ajuste toujours la forme à la fonction, elle mise sur la coopération entre les espèces et limite toujours les excès provenant de l’extérieur. Elle nous prouve donc que la nature est notre meilleure alliée pour construire tous ensemble un futur désirable.

S’inspirer de la nature pour innover et penser out of the box

En s’inspirant des écosystèmes, une nouvelle civilisation post-carbone, post-fossile, post-nucléaire et même post-insecticide devient envisageable !

Notre projet Paris Smart City 2050 illustre comment le biomimétisme s’intègre dans une civilisation durable de l’architecture. Une architecture résolument imaginative qui se veut out of the box et propose une alternative à la construction standardisée. Bref, un Paris plus solidaire et résilient, moins vulnérable aux inondations, aux îlots de chaleur urbains et autres aléas climatiques.

Ce projet illustre ce que serait la capitale si on appliquait à la lettre le plan Climat Air Énergie de la Ville de Paris qui vise à réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. J’ai développé avec mon équipe pluridisciplinaire un master plan qui propose de construire la ville sur la ville, en y réintroduisant de la biodiversité, tout en gardant le meilleur de chaque époque pour construire notre avenir. Huit prototypes de villages dits verticaux1 viennent ainsi se greffer sur le tissu existant de la ville pour le densifier et lutter contre la gentrification et la muséification qui guette son patrimoine intrinsèque. Ces huit prototypes, aux formes enveloppantes et aux structures inspirées de la nature, mettent en place la solidarité énergétique entre les architectures haussmanniennes et contemporaines, ces dernières produisant toutes les énergies dont les premières ont besoin grâce aux énergies renouvelables et à l’agriculture urbaine.

Ainsi, le boulevard périphérique deviendrait le XXIe arrondissement de Paris.

Ponctué à chaque porte de fermes urbaines, on y cultiverait une agriculture biologique à la verticale en appliquant les principes de la permaculture et de l’agroécologie2. Cette nourriture saine serait distribuée en circuit court pour retisser le lien entre producteurs et « consom’acteurs ». Se recentrant sur le piéton, la petite ceinture ferroviaire serait quant à elle rouverte au public pour y accueillir des potagers et des vergers partagés. Enfin, les tours du XIIIe arrondissement seraient rénovées avec de nouvelles façades dont les potagers verticaux seraient soutenus par une façade double peau tressée en bambou. En plein cœur historique, rue de Rivoli, des « tours montagnes » viendraient étager les meilleurs cépages des vignobles français autour de logements à loyer modéré tout en orientant leurs boucliers photovoltaïques vers le jardin des Tuileries pour optimiser leur efficacité énergétique.

Du laboratoire aux chantiers

Mon agence d’architecture fonctionne comme un think tank permanent où se croisent architectes, scientifiques et industriels dressant des ponts à l’international entre la R&D en laboratoire et la recherche appliquée sur chantiers.

Il y a dix ans, j’ai imaginé et designé par anticipation des villages flottants inspirés des nénuphars géants d’Amazonie nommés « Lilypads » : ces structures seraient destinées à abriter les futurs 250 millions de réfugiés climatiques. En 2009 également, j’ai développé le premier concept de ferme verticale « Dragonfly » en collaboration avec le MIT pour étudier l’avenir de l’agriculture verticale qui vient étager des champs d’agriculture, des vergers et des potagers communautaires afin de nourrir biologiquement et en circuit court la ville de New York. Les serres de cette ferme géante sont superposées entre deux grandes verrières bio-inspirées par la structure microcristalline des ailes de libellule qui utilisent un minimum de matière pour porter un maximum de poids.

En 2019, je vais livrer une tour Feng Shui de 50 000 m2 à Taipei, directement inspirée de la spirale de l’ADN, symbole d’harmonie et d’équilibre. C’est une véritable forêt verticale, une architecture carbo-absorbante, dépolluante, capable de stocker 135 tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère de la capitale taïwanaise. Elle intègre des cheminées à vent pour se réguler thermiquement sans un seul kilowatt comme le fait une termitière. De plus, elle produit une bonne partie de son énergie grâce à sa toiture photovoltaïque et thermique.
 

 

© Vincent Callebaut Architectures

 

Aux Philippines, nous développons actuellement le Nautilus Eco Resort, un complexe hôtelier « zéro émission, zéro déchet, zéro pauvreté », jouant également le rôle de centre d’apprentissage biophilique3. Ce projet envisage ce à quoi ressemblerait un tourisme résilient capable de revitaliser un écosystème abîmé par le tourisme de masse : autosuffisance en énergie, récupération des eaux de pluie, déplacements en embarcations électriques ou à voile… Son objectif est d’accompagner avec humilité les populations locales à mettre en pratique des mesures urgentes pour instaurer des aires marines protégées de la pêche, pour les protéger des fortes inondations, des glissements de terrain et des typhons, pour rétablir la gestion des déchets et pour revitaliser leur biodiversité.

 

Ces exemples de projets en cours d’études ou de chantier démontrent que la nature rend de grands services à l’architecture et vice versa. Les architectes contemporains ne construisent plus contre la nature mais bien avec elle comme une alliée indispensable dans la protection des ressources, les services écosystémiques et la préservation de la biodiversité. L’architecture n’est plus inerte mais devient métabolique !

 

Cet article a été publié dans le sixième numéro d’open_resource magazine : « Vers un futur bio-inspiré »

 

1 « Le village vertical» fait référence a un nouveau type d’habitat collectif dans lequel chaque étage accueille en plus des logements des espaces collectifs aux fonctions spécifiques (fermes urbaines, jardins communautaires, potagers…) permettant notamment de réintégrer l’agriculture en ville.

2 Ensemble de théories, réalités scientifiques et pratiques agricoles visant à une meilleure intégration.

3 Qui incorpore des éléments du monde naturel a l’environnement urbain afin d’améliorer le bien-être.

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