Innover pour la qualité de l’air dans les réseaux ferrés souterrains

(c) RATP - Bruno Marguerite

Avec ses 63 000 collaborateurs assurant 4,8 milliards de voyages par an dans le monde, dont 1,5 milliard hors Île-de-France, le groupe RATP est un acteur majeur de la mobilité. Pour répondre aux exigences de la ville durable et réduire son empreinte environnementale, le leader historique du transport de voyageurs en Île-de-France œuvre chaque jour pour améliorer son impact sur la qualité de l'air. Sophie Mazoué, Responsable Développement durable du groupe RATP, revient sur les initiatives de surveillance et d'amélioration de la qualité de l'air menées par l’entreprise.

La pollution de l'air est une problématique mondiale résultant d'un nombre important d'activités humaines comme l'industrie et le transport. Quelles sont les initiatives actuelles de la RATP sur ce sujet ?

Dans notre activité d’exploitant de réseaux bus et ferrés, nous devons être attentifs à la fois à la qualité de l’air extérieur et intérieur. Concernant le réseau bus, la RATP a engagé sa transition énergétique à travers le projet "Bus 2025", qui impacte notre parc de 4 700 bus. En 2025, 100% du parc sera propre, avec à terme deux tiers de centres bus à l'énergie électrique et un tiers au bioGNV. Ce projet permet à la fois de répondre à nos engagements sur nos enjeux Énergie et Climat (réduction de 50 % de nos émissions de gaz à effet de serre et de 20% de nos consommations énergétiques entre 2015 et 2025), et également permet de réduire les émissions polluantes.  

S’agissant des espaces souterrains ferroviaires, nous devons là-encore faire face à différents enjeux de qualité de l’air. Même si la pollution gazeuse est faible, il faut savoir que les systèmes de freinage du matériel roulant sont à l’origine d’émissions de particules. Il s’agit d’un phénomène constaté dans tous les réseaux ferroviaires du monde.  Nous avons donc engagé des mesures pour identifier et caractériser ces particules qu’elles soient grossières, fines et ultrafines. Le plan d'actions mis en place pour améliorer la qualité de l’air concerne notamment le développement de systèmes de freinage électrique, de solutions innovantes de filtration de l'air et l'amélioration de la ventilation. 

Des études épidémiologiques sont également menées par le service de santé au travail. Les résultats sont aujourd’hui très rassurants, puisqu'elles montrent qu’il n’y a pas d’augmentation de la prévalence de symptômes cardiovasculaires ou respiratoires chez les personnes travaillant dans les espaces souterrains.  

Quels moyens sont déployés par la RATP pour surveiller l'impact des transports urbains franciliens sur la qualité de l’air ?

Nous menons de nombreuses campagnes de mesures. D'une part, nous avons un réseau de surveillance en continu de différents paramètres de qualité de l'air : température, humidité relative, dioxyde de carbone, particules et différents gaz comme les oxydes d'azote. Ces dispositifs sont installés dans trois stations représentatives du réseau métro et RER, à savoir Franklin-Roosevelt L1, Châtelet L4 et Auber RERA.  Pour avoir une vision exhaustive de la qualité de l'air sur l'ensemble du réseau souterrain, nous réalisons  également des mesures ponctuelles avec des équipements mobiles. En plus des paramètres mesurés grâce à notre réseau de surveillance 24h/24, nous évaluons d'autres paramètres comme les particules ultrafines ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou monocycliques.  Les données de ces relevés sont disponibles, en temps réel, sur notre site RATP.fr

Par ailleurs, nous réalisons actuellement une action de recherche avec le Service Parisien de Santé  Environnementale (SPSE) et le Laboratoire Central de la Préfecture de Police (LCPP). Il s'agit de comparer  les expositions sur un parcours domicile/travail, que ce soit sur le réseau RATP, en voiture particulière, sur la voie piétonne ou sur piste cyclable.  

Quelles sont les réglementations "qualité de l'air" à suivre ?

Il existe des critères nationaux et européens de qualité de l'air en air extérieur et des normes Euro sont définies pour le matériel roulant routier. En ce qui concerne l'air des espaces souterrains ferroviaires, il n'y pas de valeurs réglementaires spécifiques en France. Seul le Code du travail apporte un socle réglementaire pour évaluer l’exposition des salariés. 

Quelles sont les solutions de la RATP pour améliorer la qualité de l'air dans les réseaux ferrés souterrains ?

Le renouvellement de l'air est assuré par la ventilation : plus de 400 ventilateurs sont installés en tunnel sur le réseau francilien. Ils fonctionnent en permanence pour renouveler l'air et améliorer le confort thermique des lieux. Ils peuvent aussi servir pour le désenfumage en cas de besoin. 

Pour réduire nos émissions de particules, nous travaillons sur la réduction du freinage mécanique par le freinage électrique. Nous étudions également l'installation d'équipements de filtration comme la solution innovante IP'Air que nous avons développée en partenariat avec SUEZ, avec le soutien de la région Ile-de-France. 

En quoi consiste cette solution IP'Air ?

Nous avons choisi cette technologie suite à l'appel à projets de la région Île-de-France. C'est un projet pilote de filtration par ionisation positive ; l’expérimentation a débuté en juin 2019 avec l'installation de deux caissons IP'Air à la station Alexandre Dumas sur la ligne 2.  Son principe de fonctionnement repose sur la charge des particules de l'air entrant ; les particules sont ensuite collectées sur des plaques comme un aimant. Pour évaluer l’efficacité du dispositif mis en place, différentes mesures sont mises en œuvre : SUEZ mesure la qualité de l'air en entrée et en sortie de filtre tandis que la RATP et Airparif évaluent, dans l'espace de la station, les taux de particules de type PM10 et PM2,5. 

L'expérimentation et la collecte de données se dérouleront jusqu'en décembre 2019. Si les résultats sont probants et que nous observons une amélioration de la qualité de l'air, nous pourrons tester IP'Air sur des stations de configurations différentes. 

La qualité de l’air dans le réseau souterrain francilien n’est pas une fatalité ; bien au contraire ! Nous mettons toutes nos ressources en œuvre pour améliorer le quotidien des voyageurs et de nos salariés.  

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