Point de vue d'Isabelle Autissier : pourquoi est-il urgent de préserver les océans?

Tortue dans l'océan

© Jeremy Bishop

Année après année, de plus en plus de voix s’élèvent dans le débat public pour appeler à une prise de conscience du rôle que joue l’océan pour nos sociétés et des menaces qui pèsent sur l’environnement marin. SUEZ ouvre les pages d’open_resource magazine à deux personnalités reconnues pour leur engagement de longue date en faveur des océans : Isabelle Autissier, navigatrice, auteur et actuelle présidente de l’association WWF France ; et Dan Laffoley, scientifique et vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’Union Internationale pour la Protection de la Nature (UICN).

© WWF Martin Leers 2009

Prenons la mesure de l’urgence : agissons pour nos océans !

L’océan est une machine climatique essentielle pour la planète : il absorbe 30 % des gaz à effet de serre et produit 50 % de notre oxygène. Il tient, de plus, un rôle crucial en matière de sécurité alimentaire puisqu’il nourrit plus d’un milliard d’hommes et de femmes, comme l’indique le WWF dans “Raviver l’économie des océans, plaidoyer pour l’action”.

Dans ce même rapport, nous soulignons également qu’au vu de ses actifs, de ses biens et des services qu’il rend, l’océan, s’il était un État, serait la 7e puissance économique mondiale. Les deux tiers de cette richesse sont issus des processus biologiques. Le rapport met également en évidence son érosion rapide. En l’espace d’une seule génération, les activités humaines ont divisé par deux les populations de vertébrés océaniques. Si la surexploitation apparaît comme la première menace pour la biodiversité des mers, la destruction des milieux, en particulier côtiers, des coraux, mangroves et herbiers tient aussi un rôle crucial. Le changement climatique, enfin, est à l’origine de mutations rapides, d’augmentation des températures ou d’acidification. L’océan est malade : surpêche, pollutions, réchauffement, les effets se conjuguent et font plus que s’additionner ! De profonds changements sont indispensables si nous voulons préserver les océans et leurs ressources.

Que peut-on faire ?

Des solutions existent et nous les connaissons. L’océan est une ressource renouvelable capable de répondre aux besoins de toutes les générations futures si les pressions auxquelles il est exposé sont efficacement atténuées. Si nous respectons des limites, l’océan contribuera pleinement à la sécurité alimentaire, aux moyens d’existence des populations, aux économies et à nos systèmes naturels.

Il nous faut tout d’abord agir sur les menaces. Lutter contre la surpêche, la pêche illégale (20 à 30 % des captures), la pollution due aux déforestations, à l’agriculture chimique, aux rejets d’eaux non traitées et bien sûr, lutter contre le changement climatique sont les grands thèmes de travail. Sur ce dernier point, la COP21 a envoyé un bon signal, en intégrant un objectif de limitation à long terme de 2 °C de hausse de la température moyenne globale avec une référence à la limite préférable des 1,5 °C. L’accord de Paris contient les éléments d’actions gouvernementales fortes en termes d’atténuation, d’adaptation et de financement. Mais il est urgent d’agir, sans attendre le rehaussement possible des engagements des États en 2020 ou 2025. Collectivités, citoyens, monde économique, populations locales, tout le monde peut s’engager.

Il faut par ailleurs offrir à l’océan des zones de résilience pour qu’il puisse résister à ces menaces et préserver la vie qu’il abrite. C’est l’objectif des aires marines protégées, sortes de places fortes de la vie capables de réensemencer les zones dévastées, pour peu qu’elles soient assez nombreuses. Elles ne représentent à ce jour que 3,4 % de la surface maritime mondiale, aussi le WWF appelle à porter cette surface à 10 % d’ici 2020 puis à 30 % d’ici 2030, sur tous les océans du monde. Dans le rapport « Aires marines protégées : un bon investissement pour les océans » publié en juin 2015, nous avons montré que chaque dollar investi dans la création d’aires marines protégées peut tripler les bénéfices qui en sont retirés localement en matière environnementale, en matière d’emploi, de pêche, de sécurité alimentaire et de protection des côtes contre l’érosion.

Prenons la mesure de l’urgence ! Agissons ! L’océan a été la principale source de vie, prenons garde qu’il ne devienne pas le premier espace de son déclin.

Découvrez le point de vue de Dan Laffoley, scientifique et vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’Union Internationale pour la Protection de la Nature.

Commentaires:

Un commentaire est obligatoire