viser la souveraineté protéinique

© Meric Tuna

La filière des oléagineux (tournesol, colza, soja) est promise à un bel avenir. C’est, en effet, d’elle que procède une bonne partie de l’alimentation destinée aux animaux d’élevage, dont la qualité est l’une des clés de développement d’une agriculture durable. La filière a, de même, un rôle crucial à jouer dans la réduction de l’empreinte carbone avec la production de biocarburants.

Vitrine de ce secteur stratégique en France, le groupe Avril participe à sa consolidation au niveau international en soutenant les productions locales de certains pays, notamment africains. Rencontre avec Gabriel Krapf, directeur des Opérations industrielles du groupe Avril.

Comment l’agriculture et l’élevage peuvent-ils réduire leur empreinte environnementale, dans un contexte global de forte croissance démographique ?

La croissance démographique aura évidemment un impact direct sur cette empreinte, en particulier sur les continents africain et asiatique. Il faut, avant tout, réfléchir à l’élaboration d’un modèle d’agriculture soutenable pour ces régions. C’est ce que nous tentons de réaliser à travers différents projets dans certains pays, selon une logique de co-investissement industriel et agricole. Nous avons ainsi engagé une coopération avec le gouvernement marocain dans le cadre du programme « Maroc Vert[1] » afin de développer la production locale d’oléagineux. Nous menons des projets similaires en Tunisie et au Sénégal. Notre objectif est ici de soutenir une production d’alimentation animale de qualité, dont les protéagineux constituent la matière première.

 

Dans les pays en développement, la demande en protéines animales augmente. Or une alimentation animale saine est une condition nécessaire pour une alimentation humaine saine. Ce n’est qu’un maillon de la chaîne mais il est essentiel pour favoriser une production durable.

Face à la croissance mondiale des besoins en protéines, l’alimentation durable implique-t-elle de substituer aux protéines animales des protéines végétales ?

Attention à ne pas trop opposer l’une et l’autre. Les deux types de protéines sont nécessaires. Et il faut impérativement éviter des carences. Le lait, les œufs, la viande, le poisson n’apportent pas que des protéines. Ils apportent d’autres composés, essentiels à l’être humain. L’alimentation durable passera probablement par la substitution d’une partie des protéines animales par des végétales : l’évolution des goûts des consommateurs, leur envie d’essayer des nouveautés, leur besoin de participer à des actions concrètes participant à la sauvegarde de la planète conduit à une adoption accélérée de ces produits à base de protéines végétales mais je ne crois pas à l’arrêt de la consommation de viande. Une fois encore, dans les pays en développement, ce sont les protéines animales qui manquent et les deux sont nécessaires.

Quelles actions significatives le groupe Avril a-t-il engagé pour promouvoir une agriculture durable ? Quels en sont les enseignements ?

En France, je citerais Oleo 100, le premier biocarburant totalement issu d’une ressource renouvelable et que nous avons lancé en 2018 à l’attention des professionnels du transport. Il peut remplacer 100 % du gazole. Ce nouveau carburant a été élaboré en lien direct avec la filière agricole des oléagineux. Un hectare de colza cultivé permet à la fois de produire 1 500 litres d’Oleo 100, et en même temps 2 000 kilos de tourteaux végétaux sans OGM destinés à la nutrition animale. Ceci permet de lancer des filières laitières françaises garanties sans OGM, et de garantir une « souveraineté protéinique », ce qui va dans le sens des propos évoqués par le président de la République lors du dernier G7 à Biarritz en août 2019. Ceci est un plus remarquable pour le consommateur et une différenciation pour nos territoires. Grâce à cette stratégie, on engage un cercle vertueux et on résiste à l’importation de tourteaux à base de soja aux OGM, peut-être moins chers mais non traçables et qui génèrent de la déforestation en Amazonie.

 

Une autre action, c’est le développement que le groupe réalise actuellement avec DSM, la production d’une protéine purifiée de colza – on parle d’isolat de protéines, destinée à la consommation humaine. Une unité de production industrielle verra le jour en France à l’horizon 2022. Ce sera une première mondiale. Elle offrira aux groupes alimentaires une solution régionale française, durable et non OGM permettant de préparer des substituts de viande (appelés « meat analogues ») et d’autres produits alimentaires en répondant ainsi aux attentes fortes du marché depuis l’apparition d’une offre de produits végétaux de grande qualité gustative.

 

© Martin Bisof 

Comment renforcer l’économie circulaire au sein de filières agricoles extrêmement diverses au niveau international ?

Nous ne pouvons, en effet, agir seuls. Il est impératif que les grands textes de régulation du commerce international intègrent ou réintègrent les sujets durables à leur corpus. Un produit ne saurait être commercialisé s’il crée de la déforestation. C’est dans cette optique que nous serons partie prenante au cadre de renégociation de l’accord de libre-échange Union européenne- Mercosur (réduction de 90 % des droits de douane entre les deux blocs régionaux, notamment dans le domaine agroalimentaire). Les décisions à ce niveau affecteront, bien sûr, l’Union européenne dans son ensemble.

 

Mais au-delà de ces aspects réglementaires, c’est le consommateur qui change de comportement : les produits bons, de qualité, sans OGM seront plus chers que les produits importés, mais fabriqués dans le respect de contraintes environnementales, et les nouvelles générations ont compris que le comportement de chacun a un impact environnemental global et sont de plus en plus attentives à la qualité des produits et à la façon dont ils sont produits. C’est aussi à la grande distribution de modifier son modèle : le consumérisme facile (basé seulement sur les prix) a vécu.

 

Un autre exemple de développement de l’économie circulaire « durable », c’est Terrial, filiale d’Avril et dont SUEZ est actionnaire. Terrial valorise des coproduits ou des déchets organiques des filières agricoles pour en faire des engrais naturels, non chimiques et de cette façon, Terrial favorise le retour au sol des nutriments et du carbone, améliorant la fertilité des sols.

 

inspirations

La région, le terroir ou la terre agricole qui vous inspire le plus ?

C’est la filière dans son ensemble qui nous inspire, de la terre agricole au consommateur en tâchant de lier les deux au maximum.

Une oeuvre (littéraire, artistique) pour renouveler nos regards sur le futur de l’alimentation humaine ?

Notre agriculture est en danger (éd. Taillandier, 2017) que Xavier Beulin, l’ancien président de la FNSEA[1] et du groupe Avril, a publié juste avant son décès.

Votre produit agricole préféré ?

Le colza, le tournesol ou, en résumé, les oléagineux.

 

----------------------------------------------

Avril est un acteur agro-industriel et financier des filières des oléagineux et protéagineux. Il est présent en France et à l’international dans des secteurs aussi diversifiés que l’alimentation humaine, la nutrition et les expertises animales, les énergies et la chimie renouvelables.

[1] Initié en 2008, le plan « Maroc Vert » vise à moderniser l’agriculture marocaine en vue d’en faire un levier principal du développement socio-économique du pays. Ce programme comprend entre autres le soutien des investissements agricoles, la valorisation des cultures locales et la stimulation des exportations.

[2] Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.

-----------------------------------------------

Cet article a été publié dans le septième numéro  d'open_resource magazine : "Alimentation durable, planète durable"

Commentaires:

Un commentaire est obligatoire