Projet URBAN-WASTE : les villes touristiques expérimentent de nouvelles pratiques

Port

(c)Patrick Schneider_unsplash

Fortes de leur attractivité, les villes touristiques séduisent par leurs paysages, leurs spécialités culinaires ou encore leur palette d’activités sportives et culturelles. Si le tourisme dope l’économie locale, il est aussi créateur de déchets.

Les villes touristiques doivent faire face à des flux de population variables selon les saisons, et voient leur population multipliée par l’arrivée des touristes. Hors de leurs foyers, ceux-ci ont tendance à modifier leurs habitudes de consommation, avec des achats nomades, et leurs pratiques de tri, dont les règles évoluent selon les localités. Une meilleure gestion des déchets requiert pour les collectivités de répondre à certaines problématiques spécifiques : Comment adapter les infrastructures pour ces flux variant dans le temps ? Comment accompagner les touristes afin d’assurer la propreté des sites et le respect des règles de tri ? Comment capter des déchets éparpillés et éviter leur déversement dans la nature ?

L'Observatoire des Déchets d'île de France (ORDIF) a participé au projet européen URBAN-WASTE (Urban strategies for Waste Management in Tourist Cities) en se basant sur le métabolisme urbain. Après avoir caractérisé les problématiques posées par les déchets liés au tourisme dans 11 villes européennes*, les acteurs du projet ont recensé et capitalisé sur les bonnes pratiques existantes.

Rencontre avec Maxime Kayadjanian, chef de projets Europe à l'ORDIF.

 

De quelle manière l’ORDIF a contribué au programme Urban Waste ?

Au sein d'un consortium regroupant 27 partenaires européens, répondant à l'appel à projets de la Commission européenne dans le cadre du Programme Horizon 2020, l'ORDIF a participé à l’élaboration d’une analyse et méthodologie visant à réduire et mieux gérer les déchets dans des villes touristiques. Deux défis majeurs sont à relever : mieux gérer les grandes quantités de déchets liées à l'affluence touristique en période estivale et informer les touristes pour trier les déchets ou mieux consommer. Après avoir réalisé un état des lieux sur les volumes de production de déchets par ville, Urban Waste a caractérisé les flux touristiques (âge, pays d'origine, motivations de voyages, etc.) et enquêté sur les comportements des touristes. Globalement, nous avons mis en évidence que les écarts de conduite à l'égard du tri des déchets dans un pays étranger étaient causés par un manque d'informations. En dernier lieu, une revue des mesures mises en place a été réalisée dans les 11 villes participantes*, en termes de prévention, de réemploi et de recyclage des déchets

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces mesures mises en place ?

L'objectif était de développer dans un cadre participatif des stratégies de prévention et de gestion des déchets au cas par cas pour les 11 villes cibles mais dont les effets pouvaient être mesurés concrètement. Les défis à relever dépendaient majoritairement des conditions locales : ville balnéaire ou non, taille de la ville, situation géographique, niveau d'implication des politiques et des acteurs locaux dans la gestion des déchets ainsi que le niveau de la parité homme-femme dont le développement était une exigence de la Commission. Chacun pouvait mener des actions spécifiques en fonction de sa sensibilité. A titre d’exemple, Copenhague, qui avait déjà mis en place un certain nombre de mesures comme les doggy-bags, a renforcé ses pratiques. Particularité de la ville, Copenhague considère que les touristes sont des citoyens temporaires et les encourage ainsi à adopter les mêmes comportements (mobilité, consommation, respect de l'environnement etc..) que la population locale.

Les mesures adoptées portent sur le recyclage et la valorisation, mais également la prévention (réduire l'usage des contenants en plastique, par exemple), l’information (avec la diffusion de guides de tri), et la sensibilisation (affiches dans les villes et reportages dans les médias), avec tous les supports de communication traduits dans les principales langues parlées par les touristes.

Pendant l'année d'analyse des flux des déchets et des flux touristiques, nous avons mobilisé les acteurs locaux en voulant co-construire avec eux des mesures. De nombreuses actions ont été mises en place avec des restaurateurs et hôteliers concernant les déchets alimentaires, telles que la mise en place de doggy bags, de composteurs, ou encore la réduction des volumes de nourriture sur les buffets des hôtels et des restaurants. Toutes ces initiatives permettent de réduire le gaspillage et la production de déchets alimentaires d’environ 20% à 40% par établissement. Un challenge important était néanmoins le turn-over accru des employés du secteur, qui sous-entend que les formations relatives à la gestion des déchets doivent être réalisées régulièrement, et planifiées en amont des périodes à forte fréquentation touristique.

Quels sont selon vous les leviers d'action ou les bonnes pratiques à reproduire pour améliorer la durabilité du secteur ?

La marque de fabrique de toutes les villes ayant participé au projet est la qualité environnementale, et si des mesures de gestion de déchets ne sont pas menées, c'est l'attractivité touristique même de la ville qui sera remise en cause. Les mesures mentionnées sont relativement simples et basiques tout en permettant de produire des effets importants et rapides. Pour réussir, il faut néanmoins mettre en place les conditions d’application qui elles ne sont pas toujours évidentes. La puissance publique doit inciter à la mobilisation de toutes les parties prenantes. Les rencontres, partages de connaissances et d’opinions permettent aux acteurs de concevoir ensemble des stratégies de réduction et de valorisation des déchets. Une fois que le mouvement a été initié, il faut le poursuivre en accompagnant, fédérant et animant l'ensemble des acteurs. C'est un point essentiel, car les professionnels sont souvent accaparés par leur quotidien. Les filières professionnelles ou groupes d'entreprises peuvent également à leur niveau animer des conférences pour créer une dynamique vertueuse et sensibiliser les professionnels à la gestion des déchets.

*Les villes et régions participant au projet sont Florence (IT), Nice (FR), Lisbonne (PT), Syracuse (IT), Copenhague (DK), Kavala (GR), Santander (ES), Nicosie (CY), Ponta. Delgada (PT), comté de Dubrovnik - Neretva (HR), Tenerife (ES).

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Si vous souhaitez vous engager dans une démarche de gestion responsable des déchets, n’hésitez pas à contacter l’ORDIF, lire leurs analyses dont ce riche guide pratique des solutions mises en place, et à découvrir la toolbox « Tackling waste in events and tourism » par Future of Waste* !

Réalisée en collaboration avec des acteurs du secteur, la Toolbox est constamment enrichie par les membres de la communauté via une base de données de porteurs de solutions et de références. Si vous souhaitez nous partager des retours ou témoignages, contactez-nous à futureofwaste@makesense.org

*Depuis 2014, SUEZ et makesense se sont associés pour créer Future of Waste, un programme de mobilisation multi-parties prenantes autour de la gestion des déchets, afin d’accélérer la transition vers des économies circulaires, solidaires et écologiques.

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