Woodoo, un bois hybride pour la construction durable de demain

(c)Woodoo

La start-up française Woodoo a mis au point un procédé de chimie verte qui permet de transformer le bois en matériau durable, avec une résistance proche de celle du métal et qui pourrait, à terme, remplacer le béton et révolutionner l’architecture.

Transformer l’avenir de l’architecture et la rendre plus durable, en commençant par ses bases : les matériaux de construction. C’est l’objectif de Woodoo, une start-up française qui a réussi à modifier la composition du bois pour en faire un matériau trois à quatre fois plus résistant. 

 

Pourtant, le défi n’est pas des moindres. Les centres urbains de la planète sont plus peuplés que jamais, entraînant des besoins de logement à la complexité croissante . D’ici 2050, environ 68% de la population mondiale habitera dans des villes, selon des estimations des Nations Unies. Pour répondre à ces besoins d’urbanisation exponentiels tout en réduisant l’usage de ressources se raréfiant, la start-up a mis au point une alternative au bois qui pourrait, à terme, remplacer l’acier, le verre ou encore le béton.  

 

Le procédé, conçu par l’architecte français Timothée Boitouzet, fondateur et PDG de Woodoo, repose sur la chimie verte. Il consiste à extraire une molécule du bois qu’on appelle la lignine, puis la remplacer par une résine polymère biosourcée, qui durcit à l’intérieur du squelette du bois. La résine, elle, est issue soit du recyclage de matières plastiques, soit synthétisée à partir d’une biomasse végétale présente sur tous les continents, afin d’éviter au maximum l’usage de matières issues de l’exploitation des énergies fossiles. 

 

A la fin du processus, on obtient un matériau durable qui possède une résistance proche de celle du métal, ou du béton, selon l’épaisseur visée au moment de la fabrication. Il est également imputrescible et moins inflammable que le bois, notamment grâce à des retardateurs de feu injectés dans les résines. Le petit plus eco-friendly ? La fabrication de ce « bois augmenté » est, d’après les estimations de l’entreprise, deux fois moins énergivore que celle du béton, et consomme 17 fois moins d’énergie que le verre et 130 fois moins que l’acier. Le tout avec un coût de production légèrement supérieur à celui du bois conventionnel.

 

Également grâce aux polymères, ce bois « 2.0 » devient translucide, ce qui a permis à Woodoo de mettre au point des écrans tactiles à base de bois, attirant l’attention de plusieurs constructeurs automobiles dont Daimler, groupe propriétaire de marques telles que Mercedes. Woodoo pourrait produire des pièces pour les tableaux de bord et des tablettes, entre autres. Aujourd’hui, l’entreprise travaille sur un prototype de pièce en bois tactile avec Airbus, afin d’équiper des avions.

 

Si la jeune start-up basée à Paris démarre à peine sa première tournée de levée de fonds, elle a été primée en plus de 30 occasions depuis sa naissance en 2017. La première ligne de production en série, en construction à l’heure actuelle à Troyes, dans le Grand Est de la France, sera opérationnelle début 2020. Une nouvelle chaîne de production qui lui permettra de fabriquer, elle l’espère, au moins 30 000 mètres carrés de bois hybride la première année. Et, à terme, grignoter petit bout par petit bout le monopole du « tout béton » dans  l’industrie du bâtiment.
 

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Cet article a été écrit dans le cadre d’une série produite pour open_resource par Sparknews, une entreprise sociale française qui vise à faire émerger des nouveaux récits pour accélérer une transition écologique et sociale à la hauteur des enjeux de notre époque.

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